Les erreurs qui font tomber le report d'imposition (déchéance du 150-0 B ter)
Le report d'imposition de l'article 150-0 B ter n'est pas définitif : plusieurs événements ou manquements peuvent y mettre fin et rendre la plus-value immédiatement imposable, souvent assortie d'un intérêt de retard. Les erreurs les plus fréquentes concernent le réinvestissement, les délais, la conservation des actifs, l'évaluation des titres et le respect des obligations déclaratives. Les anticiper est essentiel pour sécuriser l'opération.
Par Gabriel Aknin —
Résumé
Le report d'imposition de l'article 150-0 B ter n'est pas définitif : plusieurs événements ou manquements peuvent y mettre fin et rendre la plus-value immédiatement imposable, souvent assortie d'un intérêt de retard. Les erreurs les plus fréquentes concernent le réinvestissement, les délais, la conservation des actifs, l'évaluation des titres et le respect des obligations déclaratives. Les anticiper est essentiel pour sécuriser l'opération.
Ce que signifie la « déchéance » du report
La déchéance du report désigne sa fin anticipée : la plus-value figée à la date de l'apport redevient imposable, au titre de l'année de l'événement. En cas de manquement à l'obligation de réinvestissement, s'ajoute un intérêt de retard, décompté depuis la date de l'apport des titres. L'enjeu financier peut donc être significatif.
Voici les principales erreurs à l'origine de cette déchéance.
Erreur n° 1 — Céder les titres apportés avant 3 ans sans réinvestir
Si la holding cède les titres apportés moins de trois ans après l'apport sans prendre d'engagement de réinvestissement, le report tombe. Pour le maintenir, elle doit réinvestir au moins 70 % du produit de la cession dans les trois ans, dans une activité éligible (voir l'article consacré au délai de 3 ans).
Erreur n° 2 — Réinvestir trop peu, trop tard, ou dans un actif non éligible
Trois manquements distincts produisent le même effet :
- réinvestir moins de 70 % du produit ;
- réinvestir hors délai, c'est-à-dire au-delà des trois ans suivant la cession ;
- réinvestir dans un actif non éligible, comme un placement patrimonial passif (location nue, portefeuille de valeurs mobilières, gestion de patrimoine).
Chacun met fin au report. La nature et le calendrier du réinvestissement doivent donc être sécurisés en amont.
Erreur n° 3 — Ne pas conserver les actifs réinvestis pendant 5 ans
Lorsque le produit a été réinvesti, les biens ou titres acquis doivent être conservés au moins cinq ans à compter de leur inscription à l'actif de la société. Une revente prématurée met fin au report au titre de l'année où la condition cesse d'être respectée. Pour les souscriptions de parts de fonds, des règles de quota et de délai propres s'ajoutent.
Erreur n° 4 — Céder les titres de la holding
La cession, le rachat, le remboursement ou l'annulation des titres reçus en rémunération de l'apport (les titres de la holding elle-même) met également fin au report. Disposer de ces titres revient à mobiliser la plus-value placée en report.
Erreur n° 5 — Transférer son domicile fiscal hors de France
Le transfert du domicile fiscal hors de France constitue un événement de fin de report, dans les conditions de l'exit tax. Un projet d'expatriation doit donc être examiné au regard de la plus-value en report.
Erreur n° 6 — Réaliser un apport sans substance (abus de droit)
L'apport-cession est un dispositif légal, mais il peut être contesté lorsqu'il est détourné de sa finalité. Si l'opération n'a pas d'autre objet que d'éluder l'impôt, sans réinvestissement économique réel, l'administration peut recourir à la procédure de l'abus de droit fiscal (article L.64 du Livre des procédures fiscales), voire à celle visant les actes à but principalement fiscal (article L.64 A du même livre, pour les actes réalisés depuis 2020). La réalité économique du réinvestissement est la meilleure protection contre ce risque.
Erreur n° 7 — Sous-évaluer ou survaloriser les titres apportés
La valeur retenue pour les titres apportés sert de base à la plus-value en report. Une évaluation fragile ou contestable expose à une remise en cause par l'administration. C'est l'une des raisons pour lesquelles l'intervention d'un commissaire aux apports, et une évaluation documentée, sécurisent l'opération.
Erreur n° 8 — Négliger les obligations déclaratives
La plus-value en report doit être mentionnée dans la déclaration de revenus, et son suivi assuré chaque année. L'omission de ces obligations déclaratives expose à des sanctions et fragilise l'opération. La rigueur déclarative fait partie intégrante de la sécurité du montage.
FAQ
Qu'est-ce que la déchéance du report d'imposition ? C'est la fin anticipée du report : la plus-value redevient imposable, parfois avec un intérêt de retard décompté depuis l'apport.
Quelle est l'erreur la plus fréquente ? Céder les titres apportés avant trois ans sans sécuriser le réinvestissement de 70 % du produit dans les délais.
Un réinvestissement dans l'immobilier locatif fait-il tomber le report ? S'il s'agit d'un placement patrimonial passif (location nue), oui : il n'est pas éligible.
L'expatriation remet-elle en cause le report ? Le transfert du domicile fiscal hors de France est un événement de fin de report, dans les conditions de l'exit tax.
Comment se protéger du risque d'abus de droit ? En assurant la réalité économique de l'opération et du réinvestissement, et en documentant l'évaluation des titres.
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Ce contenu est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. Chaque situation doit faire l'objet d'une analyse individuelle.
Gabriel Aknin — Avocat au Barreau de Paris